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A quoi tient votre bonheur ?

D’un point de vue philosophique


Amour des autres et amour de soi

L’élément premier reste sans conteste l’entourage : les amis, la famille. Qu’est-ce qui nous rend heureux ? La présence des autres, notre famille, nos amis, notre compagnon, notre compagne. Nous pouvons alors en déduire que l’être humain n’est pas fait pour être seul, qu’il a besoin des autres, de connexion pour s’épanouir pleinement. Qu’est-ce qu’un bon repas, un voyage idyllique, si ces derniers ne peuvent être partagés ? Le bonheur vient alors de la force du lien, des émotions, des sentiments, des relations. Il n’a rien de cartésien et de rationnel. Eva est psychologue, elle poursuit cette pensée qui veut qu’il y ait un lien entre amour et bonheur :

« Si on prend en compte la théorie de l’attachement, je dirais que les nourritures affectives sont à la base de tout, il est difficile de s’épanouir quand on manque d’amour. Et on trouve des liens d’attachement dans la famille, avec nos amis. Je ne crois pas que l’amour conjugal soit indispensable pour trouver cette sécurité. Tout dépend d’ailleurs de sa qualité. On peut souffrir en couple et épanoui sans. »

Si le bonheur se situe dans le cœur, la solitude serait donc le premier obstacle au bonheur, au véritable bonheur. Si la solitude ne vous empêchera pas de goûter au plaisir, il vous empêchera de goûter au plaisir partagé, saveur suprême. Au moins d’avril 2021, je pose la question suivante à mes abonnés Instagram : « Qu’est-ce qui vous rend heureux ? », les réponses sont sans équivoque : « Les autres », « La famille », « Les enfants », « La vie à deux », « Les amis, les relations ».

Je pensais alors à l’histoire de ma mère et me rappelait qu’elle n’avait été aussi heureuse que le jour de son mariage, et jamais été aussi malheureuse que depuis sa séparation d’avec mon père, comme si le lien, l’amour était absolument déterminant de son bien-être et de son bonheur. A deux, ça allait, seule, elle replongeait. Car plus que le sentiment d’être entourée, d’avoir des amis, un amour, c’était le sentiment d’être aimée qui la sauvait. Etre aimée de son mari, de ses amis, de ses enfants, était-ce là le secret ultime du bonheur ?

Pouvons-nous continuer à être heureux alors si l’amour conjugal fait défaut et s’il ne nous reste plus que l’amour de ses enfants et de ses amis pour nous combler ?


D’un point de vue psychologique :

Catherine est psychologue et elle répond à ma question « Est-il nécessaire d’être aimé par un homme/ une femme pour être heureux ? » :

« Sans hésitation, non. Il n’est pas indispensable d’être en couple, d’être aimé par un homme ou une femme pour être heureux. Chacun trouve son bonheur différemment et on le voit bien avec les patients : ils aspirent tous et toutes à des choses différentes, enfants ou pas, conjoint ou pas, boulot ou pas, terrains avec leurs parents ou pas… »


Betty a 35 ans, elle est psychologue, elle accompagne les femmes à « écouter leurs limites, à dire non, à protéger leur intuition et à se faire confiance ». Elle me répond :

« Tout dépend des paniers de notre vie, si on met tous les œufs dans le même panier ou si on diversifie les placements, et lesquels sont importants pour nous (l’argent, la famille, l’amour, les enfants...). C’est très unique comme réflexion au final. Je crois que le fondement sous-jacent est du côté des valeurs. »

J’étais alors sans doute déformée par mon histoire familiale, et je devais aller voir plus loin que le bout de mon nez, à savoir, plus loin que l’amour. Tout le monde n’avait pas besoin d’être aimé pareil, aussi fort, autant, et aussi intensément que ma mère en avait eu besoin. Et si j’avais oublié une étape dans l’amour, si j’avais oublié l’importance de s’aimer soi avant d’être aimé et d’aimer les autres ?

Laure est psychanalyste et coach en relations amoureuses. Elle accompagne énormément de couples et de femmes. Son compte Instagram a l’épilogue suivant « Créer le couple que tu désires. Accède à la grandeur que tu es. ». Dans ses posts et ses lives, elle parle très souvent de « responsabilité » en psychologie. Elle n’est pas du genre à y aller par quatre chemins, et elle n’est pas du genre à ménager l’être humain.

« Non, ça ne suffit pas, ni le bonheur des enfants, ni le bonheur d’un homme ou d’une femme, ni l’amour de ses amis. L’amour est à l’intérieur de soi. Cela veut dire qu’on s’en remet complètement à l’extérieur, et donc cela va être compliqué d’accéder au bonheur de cette manière. L’amour est un mouvement intérieur qu’on dirige vers l’extérieur, ce n’est pas quelque chose de l’extérieur qu’on va chercher pour se remplir, que ce soit avec des enfants, des amis ou un homme ou une femme. «


Le bonheur est donc une question d’amour-propre avant tout. Il faut s’aimer soi pour aimer la vie et pour aimer les autres. Nous sommes acteurs de notre propre bonheur avant tout, il émane de nous et non pas de la capacité des autres à vous aimer. Je savais bien que Laure allait finir par me parler de « responsabilité ».

Olivia a 39 ans, elle est psychologue clinicienne pour les enfants. Voici ses éléments de réponse :

« Le sentiment d’être heureux est tellement interpersonnel que c’est très difficile de faire des généralités. Mais tout est possible à partir du moment où il n’y a pas de sensation de manque. Donc oui on peut être heureux si on reçoit seulement l’amour de ses enfants ou de ses amis. Il y a des gens qui arrivent à être heureux dans des circonstances de vie qui apparaissent terribles, comme il peut y avoir des personnes qui sont apparemment comblés mais qui vont ressentir une sensation de vide qui les empêchent d’être heureux. »

La sensation du bonheur est donc très personnelle et ne peut probablement pas être objectivée et placée sous des critères précis tels que l’amour, l’argent, la prospérité, le nombre d’enfants, l’achat d’une maison… Car nous n’avons pas tous les mêmes critères, et comme dit Betty, nous n’avons pas tous les mêmes « paniers ».








L’importance du milieu dans la construction d’une personnalité heureuse, selon Boris Cyrulnik, neuropsychiatre.


La Tribune organisait la 4e édition de son grand forum d’idées, UNE EPOQUE FORMIDABLE, le 7 octobre 2019 au Théâtre des Célestins. Conférence sur le bonheur.


Boris Cyrulnik donne une conférence au mois d’octobre 2019 :

« Le cerveau nouveau est sculpté par le milieu. Il y a un déterminant génétique certes, mais il s’arrête aussitôt. Le milieu façonne, sculpte le développement du cerveau. Ce cerveau nouveau nous entraine à poser la question du bonheur de manière radicalement différente. Si le bébé peut se développer normalement, il va acquérir des facteurs de protection. (…) car il a été sculpté par une vie intra-utérine euphorisante, renforçante. (…), alors que si la mère est malheureuse pendant sa grossesse (isolation, violences conjugales, précarité sociale), elle sécrète les substances du stress et va les communiquer à son bébé. «


Cette réflexion me faisait tout de suite penser à une amie, très stressée, qui avait hérité du stress de ses deux parents, et qui vivait sa vie de la même manière : avec interrogation, avec peur et anxiété, ce qui l’empêchait d’être heureuse dans l’absolu, et de jouir pleinement de la vie, sans avoir à subir l’angoisse.


« L’enfant va donc acquérir des facteurs de vulnérabilité, ce qui fait que les mêmes évènements de la vie vont donner une impression de malheur. (…) La sculpture précoce par le milieu du ventre maternel qui, elle, provoque une aptitude à éprouver les évènements avec plaisir ou à éprouver les évènements comme une agression, avec déplaisir. »


Il est évident que cette pensée va plus loin que le ventre de la mère, elle s’inscrit dans l’enfance, dans l’éducation des parents qui perdure : si je suis élevée par des parents anxieux, défaitistes, je développerai naturellement une vision de la vie plus négative et plus anxiogène, que dans le cas inverse, où j’aurais des parents décontractés et joyeux qui ne me transmettraient jamais d’angoisses. Car si nous ne sommes pas confrontés à celles-ci, nous aurons moins de raisons d’être angoissés. Si je vois ma mère danser et chanter régulièrement dans le salon, sans raison, elle me donnera une idée accessible du bonheur, elle me le rendra, d’emblée, familier.

Nous sommes plus enclins à être ce que nous voyons tous les jours.


Evidemment là, l’idée n’est pas de culpabiliser les parents et de leur suggérer que si leur enfant est stressé ou malheureux, ça sera probablement de leur faute. L’idée est de souligner l’importance de l’environnement familial dans la construction de la personnalité de l’enfant. « Les enfants sont des éponges », dit-on communément. Les parents représentent des repères, l’enfant se basera sur vous pour apprécier les choses : le danger d’une situation, le bonheur d’un instant, l’insécurité, la capacité à pouvoir se détendre (ou pas). L’enfant a toujours en tête qu’il est protégé et guidé en premier lieu par ses parents, le parent représente sa première boussole. L’aptitude à être heureux et à apprécier la vie se façonne dès les premiers instants.

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