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Adolescence (et désamour ?)

Le désamour, et plus particulièrement le désamour pour sa propre famille, pour ses propres parents, est-il un passage obligé à l’adolescence ? Non.

Nous connaissons tous des personnes qui ont traversé cette période sans heurt, sans conflit avec leurs parents.

Ce ne fut pas mon cas. Si j’ai relativement peur de la période de l’adolescence pour mes trois enfants, et plus particulièrement pour mes filles, c’est parce que j’ai moi-même été une adolescente ingrate envers ma mère. J’ai été une « petite conne », comme m’avait dit un jour ma grand-mère au téléphone en me raccrochant au nez. Elle avait le mérite de la franchise, et c’était pour moi la preuve de son amour sans concession. Comme j’étais « une petite conne », mais que je n’étais pas rancunière, je l’avais rappelée rapidement après. J’ai en miroir le souvenir de ma propre adolescence, et le souvenir de mon ingratitude envers ma propre mère. Devons-nous avoir peur de ce que nous avons connu ? Nous ne savons que trop la difficulté à ne pas répéter ce qui nous a marqué à tout jamais.

J’ai connu plusieurs personnes qui ne voulaient pas d’enfant, car elles se rappelaient ce qu’avaient enduré leurs parents, et ce souvenir pénible véhiculait des pensées essentiellement négatives. Pourquoi faire des enfants si c’est pour s’en prendre plein la figure ? Louise, trente-cinq ans, me disait entre deux cafés : « Je n’aurai jamais d’enfant. Ma sœur en a trop fait baver à mes parents. »


Et en effet, l’importance du marqueur familial est indéniable : mon père a eu six enfants, et j’eus une vision idyllique de sa tribu que je voulais reproduire innocemment. C’était sans compter le manque de sommeil que j’expérimentais quelques années plus tard.


Rentrer dans l’adolescence


La préadolescence et l’adolescence ne sont pas des périodes faciles, ni pour l’enfant, ni pour les parents. Parvenu à l’âge de onze, douze ans, le garçon devient plus silencieux, il communique moins avec ses parents, notamment avec sa mère. La mère, qui constate ce changement, devient anxieuse et se demande si cette attitude est normale. Le silence de son enfant l’inquiète. Michael Gurian explique que trois bouleversements émotionnels ont alors cours dans le cerveau masculin :


● Le garçon cherche à se séparer de sa mère, psychologiquement, même s’il continue à l’aimer profondément. Il a besoin de se détacher d’elle, physiquement et verbalement, pour devenir mature. Il cherche à être un homme, et ce n’est, a priori, pas vraiment sa mère qui va lui apprendre à en devenir un. Il ressent du coup moins le besoin de se confier à sa génitrice.


● Son cerveau est en train de développer d’autres sens, et des sens éloignés de la parole ; il produit beaucoup de testostérone. Les émotions, la communication, ne sont pas une priorité.


● Il se concentre ailleurs, sur autre chose que les sens, l’aptitude émotionnelle. Les garçons ne ressentent pas autant d’émotions que les filles. La maman aura tendance à se sentir abandonnée ou à penser que son fils n’est pas en sécurité car il ne communique plus avec elle, elle ne peut donc plus répondre, au sens propre, à ses questions, à ses besoins. Elle en ressentira une certaine frustration, d’autant plus qu’elle était jusqu’alors la seule et unique « caregiver ». (N’avons-nous pas passé des heures, nous, mères, à soigner tous les bobos possibles de nos enfants quand ils étaient petits ?)


En comprenant mieux ce qu’il se passe dans la tête de votre adolescent, vous serez en mesure de faire ce qui est bon pour lui, et pour vous.


En premier lieu, cessez de vous inquiéter. Le silence de votre enfant n’est pas synonyme de souci. Même s’il ne vous parle plus autant qu’avant, il n’en demeure pas moins qu’il va sûrement bien.

Ensuite, s’il se détache de vous, veillez à ce qu’il puisse se rapprocher d’une tierce personne, si possible masculine, afin de compenser cet éloignement voulu par lui. Il pourra ainsi communiquer avec cette personne, qui répondra à ses questions du moment, et notamment à celle-ci : « Comment devient-on un homme ? ». Plus il communiquera avec la gente masculine, plus il se détachera de vous sereinement : c’est un cercle vertueux. Ce détachement est indispensable pour qu’il puisse se construire en tant qu’homme, se représenter en homme, même si sa maman reste essentielle dans sa vie. Il doit pouvoir s’identifier à une figure masculine et découvrir comment un homme se construit. La personne à laquelle il s’identifiera l’aidera à se projeter et à prendre confiance en lui.

Prenez cette attitude comme quelque chose de très positif : elle est la preuve que votre garçon est en train de mûrir et de se construire.


Chez la fille, la préadolescence et l’adolescence peuvent se manifester de manière légèrement différente. Au lieu de se murer dans le silence, la fille a davantage tendance à se rebeller verbalement, à se montrer insolente, et à chercher la confrontation avec sa mère. N’oublions pas son aptitude émotionnelle. De quelle manière ? Par exemple, en rejetant de manière quasi systématique tout ce que vous lui direz. Ne prenez pas ses réactions « pour » ou « contre » vous, même si c’est plus facile à dire qu’à faire ! Votre fille cherche moins à vous désobéir qu’à, simplement, se différencier de vous, sa mère, et à s’affirmer comme une personne à part entière. Comme pour le garçon, il est vital pour elle de s’éloigner, et ce détachement se traduit chez elle par l’insolence. Naturellement peu encline à se taire ou à cacher ses émotions (positives comme négatives), elle utilisera comme arme de défense l’insolence, la joute verbale, la confrontation, le conflit. En effet, comment peut-elle se détacher de vous, symboliquement, si elle est toujours d’accord avec vous ?


Même si l’adolescence et le besoin de se construire se manifestent différemment chez la fille et le garçon (bien entendu, ce n’est pas une règle universelle, chaque adolescent a son histoire bien à lui qui le fera adopter tel ou tel comportement), ils se traduiront par le même besoin vital de s’éloigner de la mère.

Cet éloignement pourra paraître très ingrat aux parents (on les comprend, après tout ce qu’ils ont fait pour leur enfant pendant toutes ces années !), et fort déstabilisant. « Pourquoi ma fille ne me dit plus qu’elle m’aime ? », « Pourquoi ne vient-elle plus me faire de câlins ? » Gardez à l’esprit que si votre fille se remet à vous faire des câlins, elle aura l’impression de retourner en arrière, de redevenir l’enfant qu’elle était, ce qui serait pour elle un aveu de faiblesse.

Laissez-la, laissez-la venir, car ce changement ne veut pas dire qu’un soir, entre deux, elle ne se laissera pas surprendre par le besoin – vital lui aussi – de vous refaire un câlin ! C’est là toute la difficulté pour les parents : si vous êtes trop « sur » vos adolescents, cela ne fera que renforcer leur besoin d’éloignement (et pas forcément pour les bonnes raisons).

Montrez-leur que vous leur faites confiance, et qu’ils doivent être dignes de cette confiance car de votre côté, vous respectez leur besoin de distance.


Enfin, chers parents d’adolescents, même si la période est ingrate, déstabilisante, angoissante, triste aussi (car l’affection que vous receviez avant, si naturelle, si spontanée, a tout à coup disparu et l’adolescence peut représenter un semi- deuil pour le parent dont on a vidé le réservoir d’amour en apparence en tous cas), ne prenez justement pas le soudain détachement de vos adolescents pour du désamour. Considérez-le comme un besoin sain de se construire, et progressivement de se construire sans vous.


Nous avons vu les différences de comportement entre filles et garçons lors de la préadolescence et de l’adolescence, et noté à quel point cette période était compliquée à gérer pour les parents, car elle allait bien souvent de pair avec l’éloignement des enfants. Il ne faut toutefois pas interpréter ce détachement comme un désamour, mais plutôt comme une tentative (certes maladroite) de l’enfant de se construire indépendamment de sa mère.


Malgré ces différences, durant cette phase de construction de soi, filles et garçons éprouvent inévitablement des besoins et sentiments similaires :


● Le besoin de s’éloigner et de se détacher de leurs parents pour mieux se construire.

● Un sentiment de mal-être et un manque de confiance en eux, dus au poids du regard des autres et au besoin de se comparer, aggravés depuis l’émergence des réseaux sociaux. Véritables théâtres humains, les réseaux sociaux décuplent le besoin de représentation, et avivent la cruauté et la méchanceté adolescentes.

Le psychanalyste et pédopsychiatre Philippe Jeammet[1] explique que l’adolescent peut répondre de deux manières au mal être que, bien souvent, il ressent :

● Par la créativité, la mise en action.

● Par la destructivité.

Nous allons ici nous pencher davantage sur la destructivité, et observer à quelles occasions elle est susceptible d’apparaître dans la vie de nos adolescents.


En cas de rupture familiale, il est absolument nécessaire de consulter.



Le harcèlement scolaire : comment le combattre, comment l’éviter


Le harcèlement scolaire, c’est quoi ?

C’est une agression et/ou une intimidation répétée envers un enfant, de la part d’un autre enfant ou d’un adolescent dans le but de lui nuire.


Comment y faire face ?


● En invitant votre enfant à parler avec vous

Cela vous paraît simple et évident, mais parler est souvent la chose la plus difficile à faire pour les adolescents confrontés à cette situation. Pourquoi ? Parce que le harceleur a bien souvent recours aux menaces et au chantage pour dissuader sa victime de se confier à ses parents : « Si tu parles à tes parents, je te ferai mal, ou tes parents vont souffrir. » Le harceleur utilise souvent le chantage affectif pour obtenir le silence. Il est donc primordial de rappeler à son enfant, qu’en toutes circonstances, vous êtes à même de le protéger, qu’il ne peut rien lui arriver, qu’il peut absolument tout vous dire, que vous l’aimerez sans compromis et que vous aurez toujours une solution pour lui. Il est primordial que votre enfant en ait la certitude. Cela le protégera des intimidations futures, et cela le poussera à vous parler, en toutes circonstances, les bonnes comme les mauvaises.

● En parlant au directeur de l’établissement scolaire

Il pourra proposer un changement d’école. La DASEN (direction académique des services de l’éducation nationale) peut être saisie dans ce cas.

● En saisissant la justice

La victime peut porter plainte contre l’auteur du harcèlement quel que soit l’âge des protagonistes, et ce, jusqu’à six ans après les faits. Elle pourra le faire au commissariat ou à la gendarmerie, où la réception de la plainte ne pourra pas lui être refusée. La plainte sera transmise au procureur de la République par la police ou la gendarmerie.

[1] Philippe Jeammet, « La rencontre avec l’adolescent : un enjeu », conférence donnée au congrès de psychiatrie et de psychologie « L’art de la rencontre » à Nancy en 2012

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